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Les nouvelles de février
Dry your eyes, baby, it's out of character.
En février j’ai essayé, sans succès, de venir au bout du nouvel essai de Maggie Nelson (que j’aime d’un amour inconditionnel donc je pense que cet échec est de ma faute et pas de la sienne !). Je suis restée bloquée sur le premier texte, qui parle d’art et de care. Je n’arrivais pas à m’accrocher à son propos et ce qui me frustrait le plus était sa vision souvent négative d’Internet, de ces gens qui ne sont pas d’accord et ont une plateforme pour le dire. Je simplifie son propos, ne m’en voulez pas, j’étais probablement de mauvaise humeur mais j’ai remâchonné cet essai et il me laissait un goût déplaisant.
J’ai donc beaucoup pensé, ce dernier mois, à Internet. Après avoir envoyé le premier numéro de cette newsletter j’ai eu le soutien chaleureux de ces personnes super qui me lisent de loin. Je ne sais pas vraiment qui elles sont parce que nous ne nous sommes jamais rencontrées, mais parfois je les imagine comme des copines (et copains mais j’ai une majorité de lectrices) à qui j’ai envie de recommander un livre et d’aller boire un café. Je sais que les réseaux sociaux peuvent être moches, violents, anxiogènes et tout ce que vous voulez. Mais Twitter est aussi pour moi cet immense café où j’ai rencontré des gens formidables qui m’ont donné envie d’écrire, d’écrire encore plus et de nicher mes mots dans ce tout petit endroit que j’avais creusé. Une petite boîte aux lettres au milieu de la forêt dans laquelle, parfois, d’autres viennent fouiller et voir ce que j’y ai déposé. Des mots, des sentiments, des livres, des joies, des peines, un petit bric-à-brac qui me semblait insignifiant, qui ne pouvait pas vraiment être vu comme de l’écriture. Mais qui, dans l’échange, est devenu plutôt chouette.
Et sur ce, voyons voir ce que le vent d’un mois de février gris et froid a charrié avec lui.
Ce que j’ai fait en février :
🎞 En février je n’ai pas fait grand chose que je peux vous montrer. J’ai semé des graines pour la suite et j’ai peu écrit. Sur Tailspin j’ai posé quelques mots sur le film de Céline Sciamma Petite maman et sur ma grand-mère. On le lit par là !
🕺 Sur Gotta Dance j’ai continué mon journal d’écriture avec mes lectures du moment, j’y parle du livre de Fanny Beuré sur l’entertainment, de Frank Sinatra, de Je n'aime que la musique triste d’Adrien Durand et de Dérives de Kate Zambreno, paru aux éditions de La Croisée (traduction Stéphane Vanderhaeghe). Il faut absolument que j’écrive plus longuement sur ce dernier. Le post est à lire ici !
✌️ Et j’ai écrit un zine qui va sortir bientôt du côté de Maison Cosmo qui parlera de réussir sa vie, à travers un corpus de quelques films qui n’ont pas grand chose à voir les uns avec les autres. Pour une fois, je crois qu’il sera assez joyeux !
À voir / à lire :
🎶 J’ai vu deux comédies musicales qui étaient sur ma liste depuis longtemps : Carmen Jones d’Otto Preminger, adapté de la comédie musicale d'Oscar Hammerstein, elle-même adaptée de l’opéra de Georges Bizet et Stormy Weather d’Andrew L. Stone. J’ai vraiment beaucoup aimé le premier, moins le deuxième qui est assez inégal malgré des numéros incroyables (les claquettes Nicholas Brothers ! Lena Horne qui chante Stormy Weather en pleurant !). Les deux films m’ont en tous cas permis de lire des articles sur le destin de deux artistes noires-américaines qui ont souffert du racisme d’Hollywood : Lena Horne et la merveilleuse Dorothy Dandridge.
🎸 En travaillant sur ma broderie Glazig j’ai écouté le merveilleux entretien de Myriam Gendron au micro de Marie Richeux dans l’émission Par les temps qui courent — et les questions sont aussi belles que les réponses. Je trouvais que l’évocation de ces airs anciens que Myriam Gendron explore faisait écho à ce que je ressens moi-même en travaillant sur les points de broderie des costumes de mes ancêtres breton·nes. Je deviens sentimentale avec l’âge.
📽 J’ai eu envie de revoir Wanda de Barbara Loden en lisant ce superbe article d’Adèle Cassigneul qui parle très bien du film et des livres qui ont été publiés autour.
🎨 Je me suis abonnée à la newsletter d’Eva Belgherbi, morose morisot et j’ai adoré son article critique sur la mise en avant au musée et ailleurs des “pionnières”, “femmes artistes”, en gros sur celles qui méritent et les autres. Je n’avais jamais vraiment réfléchi à ce sujet sous cet angle et j’ai beaucoup appris en la lisant !
💓 Et enfin, j’ai écrit un article pour le numéro 2 de Sorociné sur Greta Gerwig et en faisant des recherches j’ai lu ce superbe article dans lequel la réalisatrice fait le lien entre la ville de New York et sa mère. Et peut-être bien que j’ai pleuré.
En bref :
🍂 Février c’était un bon mois pour écouter l’album Good and Green Again de Jake Xerxes Fussell. Sa douceur m’aide à éliminer l’hiver (et les informations anxiogènes) qui reste collé à la peau. C’était aussi une bonne période pour écouter la chanson de Cate Le Bon Wheel, je me suis enroulée dans sa douceur et j’ai été piquée par ses angles droits. (et en me la passant en boucle dans le train j’ai fait comme si j’étais une héroïne de film)
💅 Ce mois de février a été traversé par quelques crises et mon collègue de bureau préféré a fait une petite sélection de disques que j’aime pour traverser tout ça. J’ai donc réécouté grâce à lui Hissing Fauna, Are You The Destroyer d’Of Montreal et ce disque m’a ramenée quelques années en arrière, à l’époque où les névroses étaient plus simples. Tout fout l’camp !
👩❤️💋👨 J’ai revu Les enchaînés d’Hitchcock et je maintiens que c’est à mes yeux le plus beau film au monde.
📚 Comme je le disais, j’ai corné une page sur deux de Dérives de Kate Zambreno (trad.Stéphane Vanderhaeghe). À un moment la narratrice parle d’un cours de yoga pendant lequel elle doit partager des “résolutions d’automne”. Elle reste sans voix. Elle écrit :
Je suis censée être écrivaine, or les mots ne me viennent pas facilement, et lorsqu’ils le font, je m’en méfie toujours. Mais j’aime l’idée que le yoga relève d’une forme de pratique, de non-connaissance. C’est ce qu’est pour moi l’écriture. Un rituel. Mes pulsions d’écriture étaient d’ordre privé, elles étaient la façon que j’avais de rester silencieuse ou non face au capitalisme, au désir, à ma famille. Une façon de me mesurer aux sentiments.
J’y ai beaucoup pensé quand mon cerveau bégayait ces dernières semaines.
See you next month !